Culture

Le clou versaillais : le mont-de-piété de Versailles

Le mont-de-piété a pour ambition première de lutter contre la misère et de permettre aux plus pauvres d’échapper aux usuriers, par le prêt d’argent à taux modéré en échange d’objets mobiliers déposés en gages (ou nantissements) dans leurs magasins.

S’entassent donc dans ces institutions, identifiés, soupesés, estimés et rangés avec le plus grand soin, des milliers d’objets de toute nature et de toute fonction : du linge, des hardes, des meubles, outils et ustensiles divers, ... de l’argenterie, des cuivres, des bijoux et des montres.

Derrière chaque objet mis en gage au mont-de-piété, il y a le plus souvent un « accident de la vie » (la maladie, le chômage ou l’abandon, pour lesquels aucune protection n’existe encore), une gêne temporaire ou tenace, plus simplement un besoin immédiat et vital d’argent frais.

L’origine des monts-de-piété

En France, les premiers monts-de-piété sont fondés en 1610 à Avignon par la Congrégation de Notre-Dame de Lorette et à Lille.

A Paris, c'est le fondateur de La Gazette de France, Théophraste Renaudot, qui ouvre le 27 mars 1637 le premier mont-de-piété dans son Bureau d'adresse qu'il transforme en salle des ventes. Cinq ans plus tard, le roi Louis XIII autorise 58 autres villes du royaume à établir des monts-de-piété. L’institution ferme et réouvre ses portes à de multiples reprises jusqu’au début du XIXe siècle.

En juillet 1805 (8 thermidor de l'an XIII), à la suite de l'interdiction aux maisons de prêt de Paris de recevoir des dépôts et de pratiquer des prêts sur nantissement, l'empereur Napoléon 1er signe un décret relatif à l'organisation et aux opérations du mont-de-piété de Paris. Il développe alors de nombreux bureaux auxiliaires pour les commissionnaires et des succursales. En 1892, les prêts immobiliers sont autorisés.

Le 24 octobre 1918, un décret transforme les monts-de-piété en caisses de crédit municipal. Ce changement de dénomination correspond au développement de ses activités bancaires parallèlement aux prêts sur gages.

Le mont-de-piété entre alors dans la catégorie des établissements de crédit, soumis à la législation bancaire, tout en conservant une gouvernance issue des communes qui en détiennent la propriété.

Le mont-de-piété de Versailles : une institution originale

Le mont-de-piété de Versailles est créé par décret impérial du 31 mai 1807 « au profit des pauvres et hospice de Versailles » et doté d’un règlement statutaire. Il est par vocation un établissement assimilable aux établissements de bienfaisance, sous tutelle successive du ministère de l’Intérieur, du ministère du Travail, de l’assistance et de la prévoyance sociale, puis du ministère du Commerce, de l’industrie et des PTT. 

Étroitement contrôlé par le préfet de Seine-et-Oise, en particulier pour toutes ses opérations budgétaires et comptables, il est administré initialement par un conseil regroupant le maire de la ville, « président-né », et un membre du conseil municipal, des membres choisis parmi les administrateurs des autres établissements charitables et des notables de la ville.

À la croisée des sphères sociale, économique, financière, le mont-de-piété s’insère dès sa création dans un réseau local institutionnel d’aide aux plus démunis (Hôpital civil, Bureau de bienfaisance, œuvres paroissiales, établissements charitables laïcs et religieux, ...), préfigure l’apparition des premières banques populaires de crédit et accompagne en creux le développement de l’épargne (la Caisse d’épargne de Versailles est créée en 1833, après celle de Paris en 1818).

Installé successivement avenue de Sceaux, où il ouvre ses bureaux au public en 1812, rue de l’Orangerie, puis à l’Hôtel de la Bibliothèque où il cohabitera avec la Caisse d’épargne de 1840 à 1882, le mont-de-piété acquiert à cette date l’immeuble situé à l’angle de la rue de Jouvencel et de la rue Jean-Houdon. Il y restera jusqu’à sa fermeture après décret de dissolution du 13 mai 1943, cédant ses locaux en 1944 au département de Seine-et-Oise, avec répartition de son actif entre l’hospice et le bureau de bienfaisance. Un faible volume des opérations enregistrées au cours des années précédentes, une situation financière défavorable, l’abandon d’une clientèle qui se détourne de l’institution, sont les raisons invoquées pour cette fermeture.

Les archives du mont-de-piété de Versailles (sous-série 2S)

En septembre 1944, après la dissolution de l’établissement puis la vente de l’immeuble au département de Seine-et-Oise, le mont-de-piété fait déposer à l’hôtel de ville la majeure partie de ses registres et dossiers jusque-là conservés dans une pièce jouxtant la salle du conseil d’administration.

Les rapports annuels rédigés par l’archiviste communale en poste, Agnès Joly, permettent de suivre le sort réservé aux archives ainsi que les critères de sélection des documents à garder, les « choix de mémoire » faits à l’époque. En 1947, les archives de l’établissement sont donc, après tri et examen par l’archiviste, dans l’état suivant :

  • pour les archives récentes, dites intermédiaires : entreposées dans le grenier de la mairie dans l’attente de traitement ultérieur
  • pour les dossiers les plus anciens et/ou de conservation définitive : intégrés dans les séries modernes des Archives communales et cotés en sous-séries 2 K, 3 M et 4 Q
  • pour certains dossiers ne présentant pas d’intérêt historique : proposés à l’élimination sous visa réglementaire de l’archiviste départemental

En 1975, le local dit des Vieilles Archives doit être libéré à la demande des services techniques municipaux et, en raison du manque de place aux Archives, l’archiviste François Le Meignen propose après accord du maire de confier les archives du mont-de-piété : 204 registres et une quarantaine de liasses, pour l’essentiel des documents comptables, en dépôt aux Archives départementales des Yvelines.

En raison du déménagement des Archives communales sur leur nouveau site de la Grande Écurie, la rétrocession des archives du Mont-de-piété est proposée à la Ville par la direction des Archives départementales et effective en décembre 2005. Sur les 204 registres censés avoir été déposés en 1975, de nombreux registres de comptabilité sont portés manquants, en particulier : 27 Grands livres, 25 livres de caisse, 50 livres de détail, 1 registre de coffre, 26 registres du Journal général, 1 registre matricule des bonis et 3 registres de dégagements des valeurs.

Après un travail de repérage de la provenance de chaque dossier dans les fonds modernes et avec les archives rétrocédées par les Archives départementales des Yvelines, le fonds propre de l’établissement public de la commune depuis sa création jusqu’à sa dissolution est classé en série S réservée aux fonds annexes, sous-série 2 S.

La série complète des registres de délibérations du conseil d’administration (1810-1944) ainsi que les dossiers budgétaires et comptables, même partiels (1832-1944), permettent de suivre l’évolution de l’établissement sur plus de cent trente ans de fonctionnement. Il n’en va pas de même pour les documents liés à la raison d’être du mont-de-piété, la gestion des prêts sur nantissements, dont les séries parvenues jusqu’à nous sont très lacunaires. Ainsi les précieux registres gardant trace au quotidien des opérations nominatives d’engagements, dégagements et renouvellements des objets déposés en gages ont été détruits ou ont disparu, pour tout le XIXème siècle et le début du XXème, en particulier pour les périodes de crise : guerres, invasions, difficultés économiques, ... Seules les années de l’Entre-deux-guerres et de la Seconde guerre mondiale pourront faire l’objet d’une étude fine sur la composition socio-professionnelle de la clientèle du mont-de-piété. 


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