Culture

Versailles pendant la Commune de Paris

Naissance de la Commune

A la fin de l’année 1870, la ville de Versailles fait face à de nombreuses difficultés. A partir de septembre, l’invasion prussienne pousse les populations des communes voisines à se réfugier à Versailles et le 19 du même mois les premières troupes arrivent en ville. Deux semaines plus tard, le 5 octobre, Guillaume 1er et Bismarck installent à Versailles leur quartier général et leurs administrations, annexant la plupart des bâtiments publics dont la Préfecture et les casernes. Ils préparent la déclaration de l’Empire allemand qui a lieu le 18 janvier 1871 au Château.

L’armée prussienne quitte Versailles au début du mois de mars et la ville devient capitale de la France. L'Assemblée nationale, le pouvoir exécutif, tous les ministères, le Conseil d'Etat, les administrations du Département de la Seine y arrivent depuis Bordeaux, où ils étaient installés pendant l’occupation. Les troupes sont regroupées au camp de Satory ou établissent des campements militaires un peu partout sur le territoire communal.

Dans ce climat, marqué par les souffrances de l’occupation et l’humiliation de la défaite face aux Prussiens, la décision du chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers, de désarmer la Garde nationale met le feu aux poudres. Le 18 mars 1871, les Parisiens se soulèvent contre le gouvernement et empêchent, avec le concours de la troupe venue les chercher, l’enlèvement des canons du parc d’artillerie de Montmartre. Le Comité central de la Garde nationale prend le pouvoir. Adolphe Thiers et les ministres présents à Paris rejoignent Versailles. La Commune vient de naitre. 

Les lendemains de l’insurrection parisienne à Versailles

A la suite des rumeurs de rébellion à Paris, le maire de Versailles, Charles Rameau, s'adresse par voie d’affiche dès le 18 mars au matin aux Versaillais. D’après ses premières informations, des mesures ont été prises afin d’éviter les effusions de sang et la population parisienne est restée calme. Le commissaire central de Versailles souligne cependant dans son rapport quotidien qu’entre dix et onze heures du soir des coups de canons se font entendre en direction de Paris.

Le lendemain matin, ce sont de nombreuses troupes puis successivement tous les régiments de Paris, en plus des 2000 voyageurs de la veille, qui arrivent à Versailles. L’inquiétude grandit et des voix s’élèvent contre les Parisiens et la Garde nationale, quelques-unes contre le Gouvernement. La population se montre néanmoins “très sympathique”. En effet, les arrestations pour cris et propos séditieux envers les insurgés, rapportées dans le registre d’état des arrestations de 1866 à 1871, restent très marginales même dans les mois qui suivent.

M. Rameau s'adresse de nouveau par voie d’affiche aux Versaillais confirmant l’insurrection parisienne et tenant encore à rassurer ses concitoyens : Versailles “n’a rien à redouter, grâce aux forces dont le Gouvernement dispose”.

Le 20 mars, par décret, l’Assemblée Nationale déclare le département de Seine-et-Oise en état de siège. Ce même jour, le conseil municipal de Versailles proteste contre “une tentative anarchique qui menace de paralyser la France”. Il adresse également à l’Assemblée Nationale son soutien à la République et son adhésion au gouvernement légal émanant du suffrage universel.

Sous l’impulsion du Gouvernement, le maire de Versailles met tout en œuvre pour conserver le calme de la population. Cela passe notamment, comme sur l’ensemble du territoire national, par la censure de certains journaux soutenant l’insurrection parisienne dont le Radical, l’Avant-garde ou encore le Moniteur du peuple.

Le pouvoir exécutif, en la personne d’Adolphe Thiers, quant à lui, fait publier presque quotidiennement des affiches détaillant la situation des forces armées. Ces placards sont destinés à tenir la population informée des événements à Paris mais aussi à Marseille, Lyon, Narbonne, Saint-Etienne, Toulouse ou encore Le Creusot où des Communes se sont aussi formées. Outils de propagande, ils permettent également de mettre en avant la progression et les victoires des troupes du Gouvernement face aux Communards. C’est une véritable guerre civile qui sévit en France à laquelle prennent part, bon gré mal gré, les Versaillais.

Dépêches télégraphiques du chef du pouvoir exécutif aux préfets et autorités civiles, judiciaires et militaires,  28 mars, 21 et 28 mai 1871. Coll. ACV, 4 H 746 et 4 H 747

Une ville en guerre

L’occupation prussienne tout juste terminée, la ville de Versailles et ses habitants sont de nouveau confrontés à une arrivée massive de militaires.

Les troupes venues de Paris, bien qu’essentiellement installées au camp de Satory et dans les casernes de la ville, investissent les chambres libres et les maisons des particuliers. Des billets de logement sont délivrés par la mairie. Ils obligent les habitants à loger un ou plusieurs soldats, parfois en échange d’une indemnité. Le logement des soldats est l’une des préoccupations principales de la municipalité pendant les deux mois de conflit. De nombreuses lettres de citoyens ainsi que les recensements réguliers des chambres libres et occupées attestent de cette problématique quotidienne.

La libération de 60 000 prisonniers par le chancelier allemand Bismark, alors en négociation de paix avec la France, dont l’une des conditions est le désarmement de Paris, va amplifier ces difficultés de logement. Ils s’ajoutent aux 12 000 soldats dont dispose Thiers. La ville de Versailles est transformée en une énorme caserne.

Le 1er avril, le chef du pouvoir exécutif déclare à l'Assemblée nationale qu'il met sur pied « une des plus belles armées que la France ait possédée ». Quelques jours plus tard, un appel à volontaires est lancé par la mairie afin de recruter d’anciens militaires libérés et gardes nationaux pour rejoindre les rangs de cette armée. Les “Versaillais”, nom donné par les insurgés aux troupes obéissant au gouvernement, seront 130 000 au début de la “semaine sanglante” (21-28 mai).

Après les premiers combats avec les Fédérés, Versailles prend le visage d'une ville en guerre. A la suite des affrontements, de nombreux blessés sont amenés dans les hôpitaux de Versailles. Les registres des malades et de décès de l’hôpital civil Richaud, dont le fonds est conservé aux Archives communales, donnent des indications sur les types de blessures, la durée d’hospitalisation et l’origine du décès des soldats hospitalisés.

Les registres de l'état civil pour l’année 1871, quant à eux, consignent tous les décès survenus à l’hôpital civil ainsi que ceux déclarés par les infirmiers de l’hôpital militaire et des ambulances de Satory et de Trianon, qu’il s’agisse de Communards ou de “Versaillais”. Même dans les périodes fiévreuses d’avril et mai 1871, ce service semble correctement assuré. On y retrouve le décès du député communard du 18e arrondissement, Auguste Vermorel, grièvement blessé sur les barricades le 25 mai et hospitalisé à l’hôpital militaire de Versailles puis décédé le 20 juin 1871. Certains décès sont toutefois inscrits a posteriori par jugement du Tribunal civil. C’est le cas de Gustave Flourens, commandant d’une colonne de Fédérés marchant sur Versailles, décédé le 3 avril 1871 et dont le jugement tenant lieu d’acte de décès a été transcrit au mois de juin. Ainsi, on dénombre pour l’année 1871, 1068 décès lié aux événements de la Commune dont 930 militaires et 138 gardes nationaux et civils ...

La ville de Versailles voit également arriver chaque jour, dès le début du conflit, des convois de prisonniers insurgés. Fin mai 1871, on dénombre 5073 prisonniers à Versailles. Ils sont répartis entre la maison de détention de la rue Saint-Pierre et la maison de correction de l’avenue de Paris, mais aussi dans des locaux transformés en prison : prisons des Chantiers (anciens magasins à farines) et de la rue de Noailles, l'Orangerie, les Petites Ecuries, le camp de Satory, ...

La “semaine sanglante” (21-28 mai) marque le recul des forces des insurgés face à l’armée de Versailles qui réussit à entrer dans Paris. Les bruits des incendies qui se propagent à Paris et le silence du Gouvernement inquiètent la population versaillaise. Le 28 mai, la dernière barricade tombe. Le lendemain, la Commune est officiellement terminée avec la reddition du dernier bastion communard, le fort de Vincennes. Les procès, exécutions et déportations de prisonniers communards commencent.

Les suites de la Commune

Un dispositif de répression policière et judiciaire est rapidement mis en place. Des conseils de Guerre siégeant à la Grande Ecurie, au palais de justice ou encore au Château, jugent les insurgés prisonniers. Les exécutions n’excèdent pas 23 ou 25 suivant les sources et la plupart des prisonniers sont soit libérés soit déportés en Nouvelle-Calédonie.

Les exécutions ont lieu au plateau de Satory, le long du “mur des Fédérés” situé derrière l’étang de la Martinière. Le 28 novembre à 7h30 du matin, les trois chefs historiques de la Commune :  Louis Rossel, ancien capitaine du Génie et délégué à la Guerre de la Commune, Théophile Ferré, comptable et compagnon de Louise Michel, et le sergent Pierre Bourgeois, sont fusillés à Satory puis inhumés au cimetière Saint-Louis dans des fosses séparées. Dans les jours suivants, les corps de Louis Rossel et Théophile Ferré ont été réclamés par les familles et transportés, le premier, à Nîmes et le second à Levallois-Perret.   

En 1880, l’Assemblée vote l’amnistie des condamnés. Les prisonniers sont libérés et les Communards, qui avaient fui la France, sont désormais libres de revenir.

Coordonnées

Archives communales de Versailles
Grande Ecurie du Roi
1 avenue de Paris
78000 Versailles

Téléphone : 01.30.97.28.80
Fax : 01.30.97.28.79
Courriel : archives.communales@remove-this.versailles.fr


Chronologie de la Commune

Mars 1871

  • 18 mars : début de la Commune.
  • 19 mars : le Comité central de la Garde nationale annonce la tenue d'élections pour désigner un Conseil de la Commune. Le gouvernement confie l'administration de Paris aux maires et députés de la capitale.
  • 21 mars : les troupes versaillaises occupent le fort du Mont-Valérien.
  • 23-26 mars : Proclamation des Communes de Marseille, de Lyon (fin le 24 mars), de Narbonne, de Saint-Étienne, de Toulouse et du Creusot.
  • 28 mars : Installation du Conseil de la Commune de Paris à l’Hôtel de Ville. Proclamation de la Commune de Paris. Fin des Communes de Saint-Étienne, de Toulouse et du Creusot.
  • 31 mars : Fin de la Commune de Narbonne.

Avril 1871

  • 2 avril : La Commune décrète la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le budget des cultes est supprimé. La Commune décrète la mise en accusation du gouvernement de Thiers.
  • 3 avril : les Communards lancent une attaque en direction de Versailles. Gustave Flourens est tué à Rueil-Malmaison par un gendarme.
  • 4 avril : l'offensive des Communards échoue à Châtillon, environ 1 500 hommes sont emmenés prisonniers à Versailles. Proclamation d’une Commune à Limoges, aussitôt étouffée. Fin de la Commune de Marseille.
  • 6 avril : la Commune vote le décret des otages. Arrestation des personnes complices du gouvernement Thiers. La Commune décrète le désarmement des Gardes nationaux anti-communards.
  • 11 avril : la Commune décide la création d'un conseil de guerre. Des femmes de Paris s'emparent d'une guillotine et la brûle place Voltaire.
  • 14 avril : la Commune interdit les arrestations arbitraires. Début du bombardement d'Asnières, où sont stationnées des troupes de la Commune, par l'artillerie versaillaise (jusqu'au 17 avril)
  • 18 avril : la Commune décrète que toute arrestation doit faire l’objet d’un procès-verbal.
  • 19 avril : la Commune fait une "Déclaration au Peuple français" où elle expose son programme.
  • 21 avril : les francs-maçons tentent une conciliation entre la Commune et le gouvernement Thiers.
  • 23 avril : Thiers organise le blocus du ravitaillement de Paris.
  • 25 avril : à Belle-Epine près de Villejuif, un officier de chasseur à cheval des troupes versaillaises exécute personnellement sans jugements quatre soldats communards prisonniers.La Commune décide la réquisition des logements vacants pour y loger les victimes des bombardements faits par les troupes versaillaises.

Mai 1871

  • 1er mai : création, par la Commune du Comité de salut public. Louis Rossel est nommé Délégué à la Guerre.
  • 3 mai : les versaillais reprennent la redoute du Moulin de Saquet dans des combats qui feront 150 morts.
  • 8 mai : Thiers adresse une proclamation aux Parisiens par voie d’affiche. Il leur demande leur aide pour mettre fin à l’insurrection et les informe que l’armée régulière va devoir passer à l’action dans la ville elle-même.
  • 10 mai : Charles Delescluze est nommé Délégué à la Guerre en remplacement de Rossel démissionnaire. Les biens parisiens de Thiers sont saisis.
    La paix franco-allemande est signée à Francfort. Par le traité de Francfort, la France perd l'Alsace et une partie de la Lorraine et doit verser 5 milliards de francs d'indemnités.
  • 13 mai : Les troupes versaillaises occupent le fort de Vanves.
  • 14 mai : A 5 heures 30 du matin, le fort du Mont-Valérien ouvre le feu sur la porte Maillot.Thiers refuse la proposition d'échanger les 74 otages de la Commune contre le seul Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste.
  • 16 mai : La Commune met à bas la statue de Napoléon place Vendôme.
  • 17 mai : Explosion de la cartoucherie de l'avenue Rapp, attribuée par certains Communards à un sabotage.
  • 18 mai : L'Assemblée nationale, siégeant à Versailles vote la ratification du traité de Francfort.
  • 21 mai : Grâce à l'aide d'un piqueur des Ponts-et-Chaussées de Paris, Jules Ducatel, les troupes régulières entrent dans Paris par la porte du Point-du-Jour. C'est le début de la Semaine sanglante.
  • 22 mai : Les troupes versaillaises contrôlent les Champs-Élysées, les quartiers Saint-Lazare et Montparnasse.
  • 23 mai : Les troupes versaillaises occupent Montmartre. Débuts des grands incendies qui vont ravager certains monuments parisiens.
  • 24 mai : Les versaillais contrôlent le Quartier latin et multiplient les exécutions sommaires.L'Hôtel de Ville et la préfecture de Police sont incendiés. Bataille de la Butte-aux-Cailles
  • 26 mai : Le Faubourg Saint-Antoine est contrôlé par les Versaillais.
  • 27 mai : Durs combats dans Belleville, au cimetière du Père-Lachaise et aux Buttes-Chaumont.
  • 28 mai : en début d'après-midi, fin des combats dans Belleville. À 16 heures, chute de la dernière barricade, à l'angle des rues Ramponeau et de Tourtille.
    Exécution des défenseurs de la Commune de Paris devant le mur des Fédérés.
  • 29 mai : Capitulation du fort de Vincennes, dernier bastion communard. Fin de la commune de Paris. Les procès, exécutions et déportations de prisonniers communards vont commencer.

sources : Wikipedia