Qu'elles soient physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, les violences intrafamiliales constituent un grave sujet de préoccupation pour la Ville. La Ville organise une soirée de sensibilisation à ces violences, jeudi 5 novembre à l’Université Ouverte de Versailles. Une pièce de théâtre ouvrira la soirée avant de donner la parole à trois professionnelles déléguées à l’aide aux victimes. Sur entrée libre.
Écrite et mise en scène par Sonia Aya, policière en fonction, à partir des histoires de vie rencontrées au fil de sa carrière, la pièce Je me porte bien ! éclaire avec justesse, humour et émotion la mécanique complexe de l’emprise, fondée sur la honte et la culpabilité, caractéristique des violences conjugales.
À l’issue de la représentation, une table ronde réunira trois professionnelles : Maïlys Juhel, psychologue à l’association France Victimes 78, Fabienne Boulard, majore de police déléguée à l’aide aux victimes et Andréa Lemarchand, intervenante sociale au commissariat de Versailles. Ensemble, elles répondront aux questions du public et identifieront les ressources disponibles sur le territoire. « Au commissariat, les violences conjugales et intrafamiliales constituent une priorité. Les dossiers sont notamment pris en charge par le Groupe de protection de la famille (GPF), composé d’enquêteurs spécialisés dans les violences conjugales, intrafamiliales et les infractions sexuelles », introduit Fabienne Boulard.
Les numéros utiles
Victime ou témoin de violences intrafamiliales, conjugales ou sexuelles, contactez le 17 en cas d’urgence ou le 114 en écrivant un SMS si vous n’avez pas la possibilité d’appeler. Vous pouvez également vous rendre sur le site masecurite.interieur.gouv.fr afin de tchater avec un fonctionnaire de police en ligne 24h/24 et 7j/7 concernant les violences sexistes, sexuelles et conjugales.
Le numéro national 3919 permet également d’obtenir écoute, information et orientation concernant une situation de violence conjugale (solidaritefemmes.org), 119 pour l’enfance en danger (appel anonyme), 3133 pour les personnes vulnérables ou âgées en danger, 116 006 numéro national d’aide aux victimes.
En cas de danger immédiat, n’attendez pas pour solliciter les secours.
Les structures à Versailles vous écoutent et vous accueillent :
- Commissariat de Versailles : l’intervenante sociale en commissariat vous reçoit sur rendez-vous au 07 79 13 35 39 du lundi au jeudi de 9h à 18h, le vendredi, à distance, de 9h à 17h (19, avenue de Paris)
- France Victimes 78 au 01 78 74 78 94 ou 116 006 pour toutes questions ou accompagnement psychologique et juridique (36, avenue des États-Généraux)
- Secteur d'Action Sociale de Versailles au 01 30 83 68 36 (50, rue Remilly)
- CCAS au 01 30 97 83 00 vous permet de prendre rendez-vous avec une juriste du CCAS ou du Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), (6, impasse des Gendarmes)
- Point Accueil Écoute Jeunes au 01 39 51 25 25 (6, impasse des Gendarmes)
- Centre de santé sexuelle (ancien centre de planification familiale) au 01 30 83 61 21 (3B, impasse des Gendarmes)
- Accueil de jour L’Étoile : accueil des femmes victimes de violence du lundi au vendredi de 9h à 17h (le mercredi jusqu'à 20h30) au 01 88 83 14 52 (36, allée du Cordon boisé)
Briser le silence, comprendre, protéger
Pousser la porte d’un commissariat pour parler de violences subies n’est jamais une démarche simple. Honte, peur des représailles, inquiétude pour les enfants, dépendance financière ou méconnaissance de ses droits sont autant de freins qui empêchent souvent les victimes de demander de l’aide.
C’est pourquoi en 2021, en accord avec la police nationale, la Ville a recruté une intervenante sociale, Andréa Lemarchand, pour accompagner et soutenir toute personne confrontée à des violences conjugales, intrafamiliales ou sexuelles. Rattachée au CCAS, son bureau est néanmoins situé au commissariat de Versailles. Elle constitue un relais entre les services de police, la justice et les acteurs sociaux.
« L’enjeu est de pouvoir saisir le moment où la personne est prête à faire une démarche. Certaines viennent déposer plainte, d’autres simplement chercher des informations ou comprendre les démarches possibles. Mon rôle est d’écouter, sans jugement, dans un cadre confidentiel, puis de trouver avec la personne comment sortir de cette situation. », confie Andréa Lemarchand.
Mettre les mots
L’accompagnement commence souvent par un travail de mise en mots. Car les violences ne laissent pas toujours des traces visibles. « Beaucoup de victimes identifient les coups, mais ont plus de mal à reconnaître les violences psychologiques. Pourtant, le dénigrement, l’humiliation ou le contrôle permanent peuvent être extrêmement destructeurs. » Il est alors important de les aider à prendre conscience de la situation, à connaître leurs droits et à évaluer les solutions possibles : hébergement d’urgence, accompagnement social, soutien psychologique, conseils juridiques, aide à la parentalité. Les craintes concernant la garde des enfants reviennent fréquemment. « Il existe beaucoup d’idées reçues. Mon travail consiste aussi à expliquer concrètement ce qu’il en est, pour rassurer et permettre à la victime de prendre une décision éclairée », poursuit Andréa Lemarchand.
Orienter et faire le lien
L’intervenante sociale intervient avant, pendant et après la procédure. Son objectif est de rendre le parcours plus lisible et moins intimidant. « Les personnes arrivent souvent perdues. Mon rôle est de faire le lien entre tous les professionnels qui vont intervenir et de les orienter vers les bons dispositifs. Aucune victime ne doit rester isolée. Il existe des solutions et des professionnels pour accompagner chaque étape. Le plus important est d’oser parler. À partir du moment où les choses sont dites, il devient possible d’être protégé et aidé » , conclut-elle.
Retrouver confiance et se reconstruire
L’accompagnement psychologique des personnes victimes s’inscrit en parallèle des différentes étapes du processus de reconstruction. Il vise à travailler sur le vécu traumatique pouvant émerger à la suite de l’exposition à des violences intrafamiliales, et plus généralement sur les répercussions psychologiques qui en découlent en lien avec l’infraction pénale. Parmi les conséquences psychologiques pouvant être associées au vécu de violences intrafamiliales, on retrouve fréquemment un affaiblissement du lien social, notamment à travers une altération de la confiance en soi et en autrui, ainsi qu’une modification du rapport au monde et aux relations humaines. Il apparaît alors essentiel de soutenir la personne dans l’identification et le développement de ses ressources, afin de renforcer son sentiment de sécurité. Le soutien perçu par l'entourage social constitue notamment un facteur de protection important dans ce processus de reconstruction. L’accompagnement par des professionnels peut également participer à la reconstruction de la confiance à travers le lien établi avec la personne. Il permet de soutenir l’expression de ses sentiments et de ses besoins, tout en favorisant la réappropriation de son identité et le renforcement de l’estime de soi. Ces dimensions sont particulièrement importantes dans les situations où les mécanismes d’emprise, notamment souvent présents au sein des violences conjugales, ont contribué à fragiliser l’image de soi et le sentiment d’autonomie de la personne. Maïlys Juhel, psychologue clinicienne France Victimes 78
