Ma ville

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Curiosités botaniques

Versailles est appelé la Cité Jardin, grâce à  l'exceptionnel patrimoine botanique conservé et enrichi par la ville.

Le coude boisé du "rayon de soleil"

Ce qui frappe premièrement le visiteur arrivant à  Versailles, ce sont les majestueuses avenues qui convergent vers le château. Elles évoquent les rayons du soleil bienfaisant que Louis XIV se proposait d'être pour ses sujets. Ou encore la centralisation du pouvoir qui s'accentuait alors. Le tracé de l'avenue de Paris est également intéressant en raison du coude qu'il forme au niveau du domaine de Madame Elisabeth : le voyageur arrivant à  Versailles découvrait à  ce niveau seulement la perspective vers le château. La déclivité du terrain et la distance ne lui auraient pas permis de le faire plus tôt, même si l'avenue avait été totalement rectiligne. Concernant les quelques 2 000 platanes qui bordent les trois avenues, ils ne correspondent pas à  la disposition d'origine puisqu'on sait qu'ils ont pris la place d'ormes champêtres : ceux-ci ont été décimés par une maladie à  partir du XIXe siècle. Et c'est au tout début du XXe siècle que la ville entreprit de les remplacer par des platanes, comme on en voyait sur les grandes avenues parisiennes.

Grand carré et arbres fruitiers royaux

L'un des joyaux du patrimoine naturel de Versailles est certainement le Potager du roi. Conçu entre 1678 et 1682 à  la demande de Louis XIV pour remplacer le potager que Louis XIII avait fait installer dans le quartier du Vieux-Versailles, il est d'abord extraordinaire pour ses performances : la terre dans laquelle il fut implanté était " de la nature de celles qu'on ne voudrait trouver nulle part ", a témoigné Jean-Baptiste de La Quintinie, l'illustre Directeur des Jardins fruitiers et potagers des Maisons royales. Il fallut d'abord la drainer (La pièce d'eau des Suisses résulte de cette opération) et l'enrichir à  l'aide de terres venues de la butte de Satory et de fumier des écuries royales. Les neuf hectares du jardin furent également cloisonnés pour créer des sortes de microclimats favorables au développement des plantes les plus fragiles (Ces divisions sont conservées et valent au Potager d'être classé Monument historique). Sur cette base, La Quintinie, mit au point la culture forcée des primeurs et réussit d'incroyables exploits : il obtint des laitues en janvier, ainsi que des asperges dont Louis XIV raffolait, des figues en février !, des fraises en mars, des melons en juin... Mais ce qui faisait davantage sa fierté et celle du roi, c'était les fruits et particulièrement les poires exquises que La Quintinie soignait avec une sollicitude amoureuse.
Le Potager continua de servir sous les rois ultérieurs pour alimenter la nombreuse cour. Mais à  la Révolution, il faillit être vendu par parcelles, et n'échappa au désastre qu'en devenant le jardin expérimental d'une éphémère École Centrale du département installée au château sous la Convention. Son histoire ultérieure est étroitement liée à  l'existence d'une cour, même installée à  Paris : sous la Restauration, on réintroduisit au Potager la culture de primeurs, et on inaugura celle de légumes exotiques grâce à  l'utilisation d'un système moderne de chauffage des serres par circulation d'eau chaude (Le thermosiphon, en 1829). En 1873 fut enfin créée l'École Nationale d'Horticulture qui illustra les lieux jusqu'en 1995 (Elle est désormais à  Angers). L'art de la taille des arbres fruitiers fut alors porté à  son apogée, grâce au talent des jardiniers, favorisé par le développement de l'industrie du fil de fer... C'est ainsi qu'on a développé ici jusqu'à  30 formes fruitières différentes dont le Potager conserve et recrée de spectaculaires spécimens.
Le plan du Potager du roi actuel a peu changé par rapport à  celui de La Quintinie. Le Grand Carré est composé de seize " carrés " de légumes disposés autour d'un grand bassin, entourés d'arbres en buisson. Une terrasse domine l'ensemble, offrant au roi et à  ses visiteurs une vision théâtrale des cultures de fruits et de légumes et des jardiniers. Tout autour du Grand Carré, derrière de hauts murs,vingt-neuf jardins clos abritent arbres fruitiers, en forme libre ou conduits en espaliers, légumes et petits fruits.
Classé monument historique en 1926, le potager du roi est ouvert au public (Visite tous les jours de 10 h à  18 h, du premier week-end d'avril au dernier week-end d'octobre). Le potager abrita successivement l'École Centrale lors de la Révolution, l'Institut national agronomique en 1848, puis l'École nationale d'horticulture en 1873. Celle-ci devint par la suite l'École nationale supérieure d'horticulture (ENSH), transférée à  Angers en 1995 (Aujourd'hui l'INH - Institut national d'horticulture et du paysage). Il est placé depuis 1976 sous la responsabilité de l'École nationale supérieure du paysage (ENSP), qui fut à  l'origine une division de l'ENSH.

Le domaine de la petite soeur de Louis XVI

Autour de la maison de la petite soeur de Louis XVI s'étend un jardin paysager de toute beauté. Il ne couvre pas moins de 7,2 hectares, entretenus par le Conseil Général et animés par un éco-jardinier de la Ville de Versailles qui initie les écoliers aux subtilités de la biodiversité. Du jardin anglais initial, créé peu avant 1780 pour le prince et la princesse de Rohan-Guéméné, il reste essentiellement la petite cavité qui se cache dans une combe au fond du parc. Plus de trace de la rivière qui y aboutissait après avoir contourné un îlot artificiel. Ni de la " montagne " qui se trouvait à  l'emplacement de l'actuelle maisonnette en pierre meulière improprement appelée " pavillon de chasse " : elle permettait de découvrir le paysage alentour, particulièrement les étangs de Porchefontaine qui se trouvaient de l'autre côté de l'avenue de Paris. Mais l'Orangerie, à  laquelle on peut accéder par la rue Champ-Lagarde, est d'origine. Quant aux espèces végétales, s'il en restait encore de l'Ancien Régime malgré le morcellement de la propriété et les confiscations révolutionnaires, la tempête de 1999 en aura eu raison : elle a occasionné la chute de quelques 200 arbres. La replantation qui a succédé a rendu au parc son esprit romantique : autour de la perspective centrale qui correspond au plan historique, se développent des arbres " exotiques " : chênes d'Amérique, tilleuls, sophora, cèdre, mélèze, catalpa, tandis que la périphérie du jardin est plantée d'espèces indigènes : chênes, érables, pins sylvestres, sapins, pommiers et poiriers, dans l'esprit champêtre des origines.

Le "jardin de collection" de Louis XVIII

La comtesse de Balbi est une illustre inconnue pour la plupart des visiteurs. Elle fut pourtant une femme en vue à  la fin de l'Ancien Régime et auprès des émigrés durant la Révolution. Née Anne de Caumont la Force en 1758, elle parut à  la cour dès l'âge de 6 ans, grâce à  la position de ses parents. Mariée en 1776 au comte de Balbi, elle prit rapidement ses distances pour entreprendre la conquête du comte de Provence, le futur Louis XVIII, dont elle devint la maîtresse. C'est de lui qu'elle obtint une propriété à  Versailles, près de la pièce d'eau des Suisses. On sait peu de choses de la maison qui y fut construite, mis à  part qu'elle le fut entre 1785 et 1787 par J.-F. Chalgrin, le premier architecte de Monsieur. En 1788, le parc devient un jardin " de collection ". En effet, le Comte de Provence portait un intérêt particulier aux plantes et à  leur constitution. Le jardin était composé d'arbres et d'arbustes tropicaux ou rares ainsi que d'autres essences forestières (érables, frênes...). De plus, le peuplier, un arbre en vogue à  l'époque, est introduit sur les rives de la pièce d'eau. Le but du Comte était de pouvoir " voyager dans son jardin ". Un plan du domaine est présenté à  l'entrée du jardin, sur la rue du Maréchal Joffre. On y voit le plan masse du pavillon d'habitation dont il ne reste rien. Les vestiges du jardin anglais sont beaucoup plus conséquents : c'était un parc de quelques 2,5 hectares dans le goût du temps, avec une grande rivière qui subsiste, ponctuée d'îles et de passerelles, aboutissant à  un lac également conservé. On trouvait dans le parc au moins quatre fabriques de jardin, dont seul le belvédère et la grotte qu'il domine, ont subsisté. Le parc fut saccagé à  la Révolution, puis affecté au séminaire voisin qui en fit son jardin sous la Restauration. Les séminaristes installèrent des statues dans le parc, transformèrent une partie de celui-ci en verger, et aménagèrent le belvédère en chapelle. Après leur expulsion consécutive à  la promulgation de la loi de Séparation de l'Église et de l'État, le parc finit par être confié aux soins de l'École d'Horticulture sise au Potager. Le parc Balbi fut classé monument historique en 1926. C'est alors que le belvédère fut restauré et des plantations botaniques faites, afin de reconstituer approximativement le décor d'origine, en respectant le tracé des allées. Dans ce jardin public ouvert de 9 h à  17 h, mercredi, samedi, dimanche et tous les jours pendant les vacances scolaires, un arbre intéressant est signalé par un panneau : un osmanthe âgé d'environ 100 ans, petit arbre à  feuillage persistant qui porte au printemps des fleurs blanches aussi odorantes que la fleur de jasmin.

La "passion" du premier médecin de Louis XVI

Derrière la maison des musiciens italiens se développe aujourd'hui un petit jardin public, vestige du célèbre jardin botanique du docteur Louis-Guillaume Le Monnier et de sa passion pour le jardinage. Ce savant né en 1717 avait été pris en affection par la comtesse de Marsan, Gouvernante des Enfants de France, à  savoir le futur Louis XVI et ses frères et soeurs. Elle était propriétaire de la maison des musiciens italiens et lui confia l'aménagement du jardin pour lequel elle acheta des terrains voisins : ses plantations et ses serres s'étendirent dès lors sur toute la parcelle triangulaire comprise entre les rues Pasteur et des Condamines, et même de l'autre côté de la rue Champ-Lagarde, en bordure du domaine de Madame Elisabeth. Le Monnier, médecin passionné de botanique, qui avait travaillé avec l'illustre Claude Richard à  la création du jardin botanique de Louis XV à  Trianon, fit de cet espace une curiosité de Versailles : c'est ainsi qu'on conserve à  la bibliothèque du Museum d'Histoire Naturelle le catalogue rédigé par lui, intitulé Arbres de la pépinière de Montreuil en 1774.

On considère généralement qu'il dut fournir des plants à  ses prestigieuses voisines, non seulement la soeur de Louis XVI, mais aussi les filles de Louis XV qui furent un temps installées aux 20-22, rue Champ-Lagarde, avant de céder la place à  la comtesse Diane de Polignac. Et qui sait si la comtesse de Provence, dont le domaine était à  peine plus loin, n'en profita pas elle aussi ? Nommé premier médecin de Madame Elisabeth en 1778, l'habile botaniste devint aussi premier médecin de Louis XVI en 1789, et accompagna la famille royale à  Paris jusqu'à  sa fin tragique. Il se retira alors à  Montreuil, où il mourut en 1799. Le magnifique cèdre de l'Atlas qui se dresse dans l'enceinte de l'école des Condamines derrière le jardin public est généralement considéré comme un beau vestige des plantations de Le Monnier. Il mesure 24 mètres de haut et son diamètre atteint 1,5 mètres.

Versailles, capitale de l'horticulture

Dans le sillage des travaux de La Quintinie au Potager du roi, puis de Bernard de Jussieu et Claude Richard à  Trianon (ils firent du jardin botanique de Louis XV la plus importante collection botanique d'Europe avec quelques 4 000 espèces classées), de nombreux Versaillais développèrent une vraie passion pour les cultures potagères et botaniques dès le XVIIIe siècle. Mais c'est surtout au XIXe siècle que prospèrent les cultures horticoles et les pépinières : après la Révolution, l'administrateur des parcs et jardins impériaux, le comte Lelieur, développa par exemple à  proximité des étangs Gobert la culture du dahlia, plante " découverte " à  la fin du XVIIIe siècle et dont on songeait à  exploiter les tubercules pour l'alimentation. Félix Delahaye, jardinier qui participa à  l'expédition d'Entrecasteaux partie à  la recherche de La Pérouse, fut ensuite nommé jardinier en chef des pépinières de Trianon. C'est alors qu'il créa les siennes à  Montreuil, sur les terrains ensuite occupés par les établissements Moser.

En 1809 fut fondée la Société d'Agriculture de Seine & Oise qui suscita la création d'un jardin des plantes à  l'emplacement de l'actuelle gare Rive Gauche. La première exposition horticole eut lieu à  l'hôtel de ville trente ans plus tard et suscita la création de la Société d'Horticulture qui organisa désormais une exposition annuelle dans le parc du château.
Portée par cet élan, l'École Nationale d'Horticulture naquit à  son tour en 1873. Elle valut une vraie notoriété à  Versailles dans ce domaine durant un siècle, comme on l'a dit à  propos du Potager du roi où elle était installée. Les annuaires des Sociétés d'Agriculture et d'Horticulture témoignent à  leur tour de la concentration de pépinières et de serres horticoles dans la ville aux XIXe et XXe siècles, à  Montreuil et Porchefontaine particulièrement : les rues Louis Hervé, Etienne Mulot, Alexis Fourcault, Abel Lauvray, ou Rémont rappellent les noms de leurs propriétaires. C'est aussi le cas de la petite rue Pierre Bertin qui coupe le boulevard de la Reine. L'actuelle résidence Moser tient quant à  elle son nom d'établissements renommés à  Montreuil, dont le fleuron était de vastes cultures de rhododendrons, " les plus grandes du continent ", se vantait la famille Moser. C'est d'ailleurs l'ancien chef de culture de cette maison, Eugène Chauffour, qui établit à  Porchefontaine à  la fin du XIXe siècle un verger, un jardin école et un jardin fruitier expérimental. Les résidences Picardie et Henri Simon ont, pour leur part, pris la place des pépinières Royer. Tandis que la résidence Roseraie, au 90 bis, avenue de Paris, rappelle le souvenir du jardin merveilleux établi en 1919 par la maison Truffaut en guise de vitrine de ses vastes établissements versaillais (Sur ce sujet, consulter la rubrique Personnalités de ce même guide où il est question de la famille Truffaut enterrée au cimetière des Gonards).

Espaces verts et "ceinture verte"

Au bas de la rue de l'Indépendance américaine, en bordure du quartier Saint-Louis, s'étend la Pièce d'eau des Suisses, un espace de promenade exceptionnel : ce bassin de 13 hectares fut creusé entre 1679 et 1682 par un régiment de Gardes- Suisses qui lui a laissé son nom. Destiné à  embellir la perspective sud du Château, dans le prolongement de l'Orangerie, il permit aussi d'assainir le terrain destiné au Potager du roi, créé à  la même époque. Au bout de la pièce d'eau se trouve une copie de l'oeuvre du Bernin représentant Louis XIV à  cheval. La sculpture, qui n'avait pas eu l'honneur de plaire au roi, fut finalement transformée en héros antique et placée loin de la vue du monarque...

Le territoire communal compte aujourd'hui, en dehors des 800 hectares du parc du château, 12 hectares de squares, jardins et parcs. Il y a le potager du roi, le parc Balbi, le domaine de Madame Elisabeth, une trentaine de squares,... mais aussi un environnement forestier qui ravira les amateurs de tourisme vert : forêt domaniale de Fausses-Reposes, parcs forestiers de Picardie, de la Porte Verte ou des Nouettes, bois des Gonards, bois de Saint-Martin, bois du Cerf-volant à  Satory. Le tout représente plus d'une centaine de m2 d'espaces verts par habitant... Des jardins familiaux potagers et horticoles sont par ailleurs regroupés pour les uns au sud du château à  proximité de la Pièce d'eau des Suisses, sur le site dit " les Mortemets ", pour les autres dans le quartier de Jussieu. Un projet de mise en valeur de ces espaces forestiers et paysagers est en cours de réalisation : d'ici 2013, une " ceinture verte " permettra de faire le tour complet de la ville à  vélo, à  cheval, ou à  pied pour les plus courageux, tout en restant soit en forêt, soit dans des allées plantées d'arbres. Soit 18 km de promenade...

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