Culture

Episode 1 - Le tsar Nicolas II de Russie (1896)

Préparation de la venue des souverains russes

Lors de la séance du conseil municipal du 24 septembre 1896, le maire, Edouard Lefebvre, annonce aux élus la venue à Versailles le 8 octobre suivant de Nicolas II, tsar de Russie, et de son épouse Alix de Hesse-Darmstadt.

Un projet de réception et de fête est alors adopté. Il comprend la pose de mâts tous les 50 mètres sur le chemin du convoi, des faisceaux de drapeaux à certains endroits, la distribution de secours aux indigents et des bals et réjouissances publiques. Une commission composée de 8 élus est formée pour coordonner les préparatifs et un budget illimité est voté. Le conseil municipal fait également appel au Comité de la rue Saint-Pierre (aujourd’hui rue Georges-Clemenceau) pour l’élaboration d’un plan de décoration de cette voie

La décoration de Versailles

Les journaux locaux décrivent avec beaucoup de précision l’aspect de Versailles lors de cette journée du 8 octobre 1896. De grands et petits mâts surmontés de trophées, d’écussons et d’oriflammes sont installés sur les avenues principales et, entre les arbres, des chaines supportent des illuminations.

La rue Saint-Pierre est, quant à elle, somptueusement décorée d’une foule de mâts reliés par une double guirlande de feuillages piqués de fleurs, des guirlandes ornées d’écharpes tricolores et jaunes sont également installées. Les maisons arborent de nombreux drapeaux français et russes, tout comme les casernes de la ville. Deux arcs de triomphe à triple évolution, dont l’un à l’angle de la rue de la Saint-Pierre et de l’avenue de Saint-Cloud, forment une voûte de fleurs et de feuillages.

L’hôtel de ville est aussi richement décoré : des portiques enguirlandés de feuillages et de fleurs recouvrant un treillis en bois peint en bleu se rejoignent à la grille d’entrée ornée de drapeaux et de plantes grimpantes. Sur l’avenue de Paris, au niveau de la mairie, deux pylônes (succession de boulets, de fusils, de baïonnettes et de sabres) ont été construits par l’artillerie et le génie. 

Le château semble aux journalistes présents beaucoup plus sobre. On ne relève que le nettoyage de statues, la grille dorée à neuf, le sablage de la cour et quelques draps, ainsi qu’un auvent de velours rouge pour recevoir les souverains où des fleurs, dont une gerbe d’orchidées et de fines fleurs nouées par un ruban de satin comportant l’inscription « La Ville de Versailles à sa Majesté l’Impératrice » offerte par la municipalité, sont déposées. 

L’arrivée de l’Empereur et l’Impératrice

Le temps est magnifique. La Compagnie des chemins de fer de l’Ouest ayant accordé des billets à tarif réduit entre Paris et Versailles et augmenté le nombre de trains, la foule est venue nombreuse pour acclamer les souverains russes. On dénombre plus de 105 980 voyageurs venus à Versailles pour la fête. Dès le début de l’après-midi, la ville se prépare. Des deux côtés de l’avenue de Paris, l’artillerie se met en place sur deux rangs et de la musique est jouée. Le génie est massé rue Saint-Pierre et place d’Armes un double cordon d’artillerie forment une haie. La foule est maintenue difficilement derrière les troupes et les personnes munis de cartes commencent à entrer dans le parc et le château.  

C’est à 4h20 de l’après-midi, après une visite de la manufacture de Sèvres, que le cortège impérial et présidentiel arrive à Versailles par l’avenue de Saint-Cloud. Le convoi est suivi par une vingtaine de cyclistes, en dehors de tout protocole, qui sont rapidement refoulés par les gendarmes. Quelques minutes plus tard, les voitures sont arrivées au Château. Vu l’heure tardive, il est décidé de visiter en premier les jardins. 

Alors que les derniers personnages officiels sont déposés dans la Cour, un accident a lieu : des chevaux prennent peur à cause du bruit, s’emballent et renversent plusieurs personnes. On dénombre six (ou sept, suivant les sources) blessés dont deux assez grièvement qui sont transportés dans le château pour recevoir les premiers soins des médecins-majors. Après une courte visite du parc, le Tsar et sa suite se rendent dans les salons aménagés pour eux puis dans la Galerie des Glaces où l’hymne russe et la Marseillaise sont joués par la musique de l’école d’artillerie.  

La soirée et le départ

A 7h30, un diner offert par M. Félix Faure, président de la République, a lieu dans la galerie des Batailles. A la demande de l’Empereur et l’Impératrice, tous les convives sont réunis à la même table, soit une centaine de personne. A la suite du repas, les hôtes sont conviés au salon d’Hercule pour une représentation de La Nymphe de bois de Versailles de M. Sully-Prudhomme dont les vers sont lus par l’actrice Sarah Bernhardt. La suite du programme est composée de chants, de récitations et de danses anciennes (sarabande, menuet, pavane, etc.) en costumes Louis XIII et Louis XV.

A onze heures, les souverains russes et le président de la République quittent le Château pour rejoindre la gare des Chantiers. Une demi-heure plus tard, après que M. Félix Faure ait pris congés des souverains sur le quai de la gare, le train impérial quitte Versailles.

Tout au long de la soirée, les rues de la ville sont très animées. Les Versaillais peuvent admirer les illuminations du Château, de l’hôtel de Ville où des bosquets lumineux étaient reliés par des guirlandes de verre multicolores et de l’avenue de Paris. L’électricité est maintenue également sur une partie de la rue des Chantiers. Jusqu’à minuit, de nombreux bals à divers endroits et notamment sur la place du Marché, ainsi qu’une retraite au flambeau suivi par plus de 5000 personnes parachèvent cette journée de fête. 

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